Mes premières leçons de piano - Sophie Martin

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Mes premières leçons de piano

Mes premières leçons de piano - Sophie Martin

J’avais eu l’intention sur le tard de prendre quelques cours de piano. Il est vrai que mes parents, pendant toute mon enfance, avaient toujours préféré donner la meilleure éducation à mon frère aîné. Ils n’avaient d’yeux que pour lui. Malgré le fait qu’il se soit toujours montré ingrat envers eux. Je me décidais pour un conservatoire où il était possible d’apprendre avec une méthode dite révolutionnaire. J’avais la chance de ne pas être la seule personne adulte présente dans la classe. Même si les enfants nous regardaient avec de légers sourires moqueurs lorsque la professeure de solfège nous réprimandait de ne pas avoir fait quelques-uns de nos devoirs de musique.

Le jour de mon inscription, j’avais choisi un professeur qui venait tout juste d’arriver au conservatoire. Je me faisais une idée d’une personne très jeune qui devait vouloir débuter une carrière de professeur de piano. Je me retrouvais pour mon premier cours face à une Canadienne, d’origine Allemande, de plus de 60 ans. Elle avait pour réputation de refaire taper une note jusqu’à ce qu’elle pense l’avoir entendue sous un son parfait. Autrement, on pouvait rester collés à la chaise et taper pendant des heures sans trouver la bonne façon de faire. Lorsque je m’asseyais pour la première fois, elle posa ses mains sur les miennes pour me montrer comment les disposer sur le piano. Elle avait des tache brune peau de ses mains, qui paraissaient plus brunes que toute les autres taches du reste de son corps. Le premier cours, elle resta debout derrière moi à fixer chacun de mes gestes et posait sa canne sur mon dos pour le redresser à chaque fois que je me laissais à le courber un peu. Elle revenait sans cesse derrière moi pour me replacer les doigts de la façon la plus correcte. Lorsque mon cours était fini, je me levais pour la remercier et m’installait au fond de la salle pour la voir diriger d’autres élèves. Elle était particulièrement dure avec les plus jeunes. Elle avait tendance à les bousculer un peu plus qu’elle n’osait le faire avec moi. Lorsqu’il était l’heure de partir, je lui demandais pourquoi elle paraissait être aussi laxiste avec moi. Elle me regarda avec un sourire presque malin me demandant si je cherchais à faire du piano ou à me faire corriger. Du piano ! Lui répondais-je. Elle m’expliquait tout simplement que les jeunes étaient l’avenir et que moi, il allait me falloir me contenter de tout simplement suivre ce qu’elle me disait. Voilà tout.